Russie et Identité Géopolitique

Le 5 Juillet, l’Union Européenne a allongé de 6 mois la tenue des sanctions à l’égard de la Russie. Cette décision est à mettre en regard avec l’annexion considérée comme illégale de la Crimée et le soutien russe aux républiques séparatistes de Louhansk et Donetsk (Sud-Est de l’Ukraine). Depuis plusieurs années maintenant, la Pologne, les États Baltes et d’autres membres de l’OTAN s’inquiètent de leur voisin russe. C’est pourquoi, certains renforcent leur capacité de défense, d’autres réinstaurent le service militaire obligatoire. On peut aisément comprendre pourquoi: la Russie fait peur.

En Mars 1992, après la chute du bloc soviétique, la Transnistrie, territoire situé à l’Est de la République de Moldavie, revendique l’indépendance. Aujourd’hui, bien que la Russie n’ait toujours pas reconnu l’auto-proclamée République Moldave du Dniestr, Moscou continue de lui apporter son soutien. Ainsi, 1 500 soldats y sont basés et près de 70% du budget de Transnistrie vient du soutien budgétaire russe. Par ses actions, Moscou s’assure du maintien du statut quo en Moldavie.

En Août 2008, la Russie envahit la Géorgie lors de la Blitzkrieg d’Août. Depuis la ratification des accords de paix, Moscou protège les régions occupées d’Abkhazie et d’Ossétie du sud après avoir reconnu leur indépendance. Le résultat, similaire à l’analyse précédente est le maintien d’un conflit gelé. En 2018, le problème n’est toujours pas résolu.

En Mars 2014, l’irruption de violentes émeutes contraint le président ukrainien, Viktor Ianoukovytch, à la fuite pendant que les pro-européens prennent le pouvoir. Cependant, la maladresse du nouveau gouvernement et ses propos russophobes inquiètent l’Est de l’Ukraine, majoritairement russophone. Ainsi, les « petits hommes verts », supposés russes, vont venir aider et défendre les populations locales en équipant les séparatistes. Pour le moment, le Donbass demeure une zone grise.

En Mars 2014, la péninsule de Crimée est rattachée par vote à la Fédération de Russie. Ce vote est rejeté par la communauté internationale. Cependant, de fait, la politique agressive de Moscou n’a rien de nouveau. Les ingérences russes, contrairement à celles des États-Unis, ont toujours fait partie de l’identité géopolitique russe. Déjà de 1804 à 1813, l’Empire Russe avait soutenu Obrenovitch, connu sous le nom de Karageorge pour l’émancipation d’une Serbie sous contrôle ottoman. La Russie porta également la cause de l’indépendance grecque dans l’espoir d’obtenir un accès à la Méditerranée et, en 1860, elle soutiendra Vasil Lesvksi et la Bulgarie afin de ramener le pays dans son giron. Enfin, durant la guerre froide, Staline érigera un rideau défensif en incorporant le territoire de ses voisins.

La question est donc de savoir pourquoi la Russie interfère-t-elle autant avec son voisinage étranger proche. Le territoire russe est vaste et difficile à défendre. L’accès à la mer peut facilement être coupé dans le détroit du Bosphore ou dans la Baltique. La majorité de ses ports sont inutilisables en hiver. C’est pourquoi la Russie a toujours œuvré à maintenir une zone tampon, et ce d’autant plus quand l’OTAN s’étend vers l’Est. En effet, la Russie a toujours craint une attaque provenant de l’Ouest. Napoléon, Hitler, qui sera le prochain ? Mais dans ce cas, pourquoi ne pas annexer ces territoires ?

La question est pertinente. En 2015 l’Ossétie du sud a bien demandé son rattachement à la Fédération de Russie. Cependant si la Russie l’avait rattachée, elle aurait renforcé le sentiment pro-ouest et rendu difficile la tenue de ces zones. Moscou, au contraire est certaine, que ni la Moldavie, ni la Géorgie, ni l’Ukraine ne pourront intégrer l’OTAN tant qu’elle maintiendra ces conflits gelés. On remarque d’ailleurs que ces ingérences interviennent chaque fois que ces pays font un pas vers l’Europe. Ainsi, Poutine maintient son cercle protecteur, tout comme du temps de Staline.
Mais l’OTAN doit-il craindre Moscou ?
Pas du tout. Si l’on compare les données, les deux puissances sont égales sur le plan nucléaire et en terme d’aviation longue portée. Cependant, quand l’OTAN aligne 3.2 millions d’hommes (dont 1 million pour les États-Unis), la Russie en a 830 00 milles. L’OTAN dispose de 13 porte-avions contre 1 pour la Russie et cinq fois plus d’avions de combat. En tout, l’OTAN dépense 954 milliards de dollars en 2017 quand la Russie ne peut se permettre que 66.3 milliards. Au bout du compte, l’OTAN dépense 15 fois plus que la Russie, mais est-ce vraiment plus efficace ?

Par Antoine Dewaest

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