RETOUR SUR L’ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS HOLLANDE À L’ESPACE OUEST-FRANCE

L’ancien président de la République a publié récemment aux éditions Stock son livre Les leçons du pouvoir, dans lequel il revient sur son quinquennat. Il s’est rendu à Rennes le vendredi 20 avril dernier pour en faire la promotion. Beaucoup de monde attendait cette visite à Rennes comme en témoignait l’attente grandissante des personnes présentes et la durée des dédicaces (de 17H30 à plus de 22H !). Grâce au journal Ouest-France, nous étions 5 représentants de la société civile à pouvoir l’interviewer.

Vous pouvez directement accéder aux questions réponses juste en bas.

Un citoyen Normal ?

Accompagné de quatre autres abonnés du journal Ouest-France, nous avons pu poser un certain nombre de questions à l’ancien président.

« Simple » et « abordable dans ses réponses » voilà la description qu’en ont fait les personnes présentes. François Hollande a fait bonne impression, celle d’un homme sincère, affichant une sympathie et une aisance orale évidente dans ce type d’entretien, mais surtout une joie d’expliquer son vécu, jusqu’à tomber parfois dans l’anecdotique.

Il était visiblement libéré de son ancienne fonction, ayant su répondre avec légèreté sur une partie de son livre.

La préparation d’un retour en politique ?

Il est vrai qu’on pouvait ressentir quelques airs de pré-campagnes dans ce « meeting » où François Hollande est venu à la rencontre des Rennais.

Sans quitter le paysage médiatique depuis sa sortie de l’Élysée, l’ancien président de la république publie maintenant Les Leçons du pouvoir. Dans toutes les grandes villes de France, il fait la promotion de son livre, disposant une bonne visibilité médiatique. Outre les Une de Ouest-France et de France bleue, François Hollande a continué sur le plateau du Quotidien la semaine suivant sa visite à Rennes.

Opération réussie, donc, pour l’ancien président qui continuera par ailleurs son tour de France des dédicaces à Paris, Orléans, Strasbourg, Limoge, Bordeaux, Rouen, Nîmes…espérons pour lui qu’il reçoive un aussi bon accueil qu’à Rennes !

Hollande table

Espace Ouest-France à Rennes.

Partie Question-Réponse :

N’avez-vous pas été victime d’un « média bashing » durant votre quinquennat ?

L’univers médiatique a changé durant mon quinquennat, la presse a été concurrencée par les réseaux sociaux instantanés. Il y a eu une sorte de surenchère avec, me concernant, une double idée : d’une part il n’y aurait pas de légitimité pour un président de gauche à gouverner la France, parce que ce n’était pas forcément ce qui était prévu. Et la deuxième idée est que on a imputé à mon gouvernement qui arrivait à peine une situation dont il héritait. Et puis il y a une forme d’anecdotisation de l’information. Alors que nous sommes face (à?) des sujets qui sont particulièrement lourds : le Moyen-Orient, la montée des extrémismes, le protectionnisme…tout semble réduit à savoir si ma cravate est droite ou tordue, si la météo est favorable ou non, si un particulier m’interpelle dans la rue…et ce qui va être retenu, n’est pas le cœur même de l’intervention du président mais l’histoire autour du président.

D’ailleurs j’évoque dans mon livre l’histoire du discours du Bourget, je rappelle qu’une chaussure était passée juste devant moi, et je me dis, si cette chaussure m’avait atteint, de quoi aurait-on parlé ce jour où je venais délivrer le message fondateur de ma candidature ? De l’incident et pas du contenu.

Ce qui est en cause, ce n’est pas ma personne ou ma présidence, c’est la démocratie et l’incidence de l’information sur les citoyens qui doivent comprendre le sens et pas seulement le contexte ou le détour par une anecdote ».

Hollande photo

François Hollande : « J’évoque dans mon livre l’histoire du discours du Bourget, je rappelle qu’une chaussure était passée juste devant moi, et je me dis, si cette chaussure m’avait atteint, de quoi aurait-on parlé ce jour où je venais délivrer le message fondateur de ma candidature ? De l’incident et pas du contenu. »

Certains vous ont parfois qualifié d’homme de gauche gouvernant à droite avec notamment des mesures politiques libérales en fin de quinquennat, avez-vous mené une « politique de gauche » ?

C’est plus facile de faire une politique de gauche lorsque les caisses sont pleines, la situation économique stable, les budgets équilibrés…Mais l’histoire montre que la gauche n’arrive jamais au pouvoir par temps calme. Un reproche qui m’a été fait est de ne pas avoir suffisamment noirci la situation dans laquelle j’ai été, pour convaincre les français que nous étions dans une crise qui aurait pu faire éclater la zone euro et mettre la France dans une situation extrêmement périlleuse. Je ne l’ai pas fait pour des raisons d’abord politiques, je considérais que l’élection avait eu lieu et qu’il ne m’appartenait pas de renforcer la responsabilité de mon prédécesseur dans cet héritage calamiteux et la deuxième raison est que, si je l’avais fait, j’aurai encore accentué la défiance des marchés financiers et des agences de notations. Mais c’est vrai qu’un certain nombre de français n’ont pas compris pourquoi un gouvernement de gauche prenait comme première décision de relever un certain nombre de contribution. Mais il vous est apparu qu’il y a des gouvernements qui augmentent également les impôts alors même que l’économie va bien. »

Quel est votre avis sur le revenu universel ?

J’en connais toutes les limites et toutes les contradictions. Un revenu universel, c’est-à-dire à tout le monde, y compris aux plus favorisés. (…) Si c’est un revenu de base donc pour les personnes qui seraient en dessous d’un certain niveau de revenu, alors j’y serai favorable. Ce revenu irait directement à ces personnes qui souffrent de la complexité de notre système d’allocation. (…) C’est très important d’expérimenter, cela nous permettra de trouver la bonne adaptation de notre système d’allocation. »

Avez-vous regretté de vous être livré aux deux journalistes ? (Fabrice Lhomme et Gérard Davet)

Je savais que ces discussions allaient être publiées, je ne savais pas quand exactement, mais j’avais convenu avec eux (…) de leur dire chaque mois pendant une heure ce que j’avais ressenti comme élément qui avait justifié ma décision. Parce que je considère que c’est important pour les Français de savoir ce qu’a été l’esprit du chef de l’État. J’ai regretté, non pas la reprise de mes propos puisqu’ils sont exacts dans la plus grande partie, mais le titre qu’ils avaient choisi. Le titre donne un sens au livre qui n’était pas du tout celui du contenu.

Pour ceux qui ont fait l’effort de le lire jusqu’au bout, il me semble que rien n’était choquant dans le livre mais c’est le titre qui biaise la lecture et qui a été instrumentalisé. »

Livre.jpgFrançois Hollande : « J’ai regretté, non pas la reprise de mes propos puisqu’ils sont exacts dans la plus grande partie, mais le titre qu’ils avaient choisi. Le titre donne un sens au livre qui n’était pas du tout celui du contenu. »

Pensez-vous que le service public français est aujourd’hui menacé ? Devrait-il continuer à s’effacer ou au contraire redevenir très important ?

Tout d’abord, qu’est-ce que le service public ? L’éducation nationale est le service public par excellence, mais il doit lui-même évoluer. L’université française devrait être plus accessible aux salariés, des personnes qui changeront nécessairement d’emplois au cours de leurs vies et devront être au plus haut niveau de l’excellence. Le service public à encore sa valeur, mais doit être plus ouvert et plus important pour permettre la transmission du savoir.

Ensuite la santé, où des médecins fonctionnaires sont remplacés par des médecins libéraux. En soi, c’est encore un service de santé dans un système libéral. Le service public hospitalier doit aussi évoluer (…) on doit aussi l’organiser avec des médecins libéraux.

Il y a ensuite les transports, service qui peut se faire dans la concurrence. Et là il faut donner aux entreprises publiques les conditions qui leur permettent d’être dans la concurrence à armes égales.

Aujourd’hui je crois ne pas qu’il soit nécessaire de rétrécir le domaine du service public mais il faut lui donner toutes ses chances, y compris par les nouvelles technologies. Grâce à la dématérialisation, on a une évolution du service public vers une plus grande efficacité. Moi par exemple, ne suis pas favorable à ce qu’on parle du service public en nombre d’agents. Comme quoi ce serait un progrès s’il y en avait moins, ou bien une forme d’avancée de gauche s’il y en avait plus. »

Pensez-vous que les réformes du gouvernement (loi ORE) ont un impact négatif sur le service public ?

Ici on parle de l’organisation même du service public. Ma position là-dessus est très claire. Nous aurons besoin de plus en plus d’étudiants en France. Et aujourd’hui nous avons besoin que de plus en plus d’étudiants atteignent l’enseignement supérieur. Mais nous ne pouvons pas les mettre dans n’importe quelle filière ou domaine. L’orientation est nécessaire, mais l’orientation ne signifie pas sélection. Elle exige préparation, accompagnement et parcours de réussite. »

Pouvez-vous dire honnêtement ce que vous pensez sur Emmanuel Macron, à la fois lorsqu’il était votre conseiller mais aussi maintenant en tant que président ? Pensez-vous que lui aussi soit victime d’un « média bashing » comme ce fut le cas à votre égard ?

Si je l’ai choisi comme conseiller c’est parce que je pensais qu’il avait des qualités, et notamment une très bonne connaissance du monde de l’entreprise. Il pouvait nous apporter dans cette période où nous devions rétablir la compétitivité, des réflexions intéressantes, voire même des réseaux puisqu’il est parfaitement au cœur d’un certain système. Comme ministre il a ensuite fait passer de bonnes réformes, puisque j’en avais fixé les grands principes. Sur le travail du dimanche (…). Nous avons pu avoir une meilleure rémunération des salariés. Ensuite pour la suite de la question, bien sûr qu’il est également victime de l’impact des réseaux sociaux et des médias, c’est maintenant devenu inhérent à la fonction. »

Hollande + Macron« Si je l’ai choisi comme conseiller c’est parce que je pensais qu’il avait des qualités, et notamment une très bonne connaissance du monde de l’entreprise. Il pouvait nous apporter (…) des réseaux puisqu’il est parfaitement au cœur d’un certain système »

Par rapport à votre engagement au parti socialiste, quel avenir voyez-vous pour ce parti ? Et quel pourrait-être votre rôle éventuellement ? Prévoyez-vous de reprendre des fonctions au sein du parti voire même de hautes fonctions étatiques ?

Je ne suis pas dans cet état d’esprit. Je viens de quitter la présidence, je me consacre maintenant dans la réflexion et non dans la prévision de diriger un parti, je rappelle que j’en ai été le premier secrétaire pendant 11 ans. A d’autres maintenant, même si le parti socialiste doit évoluer, il y a de nouveaux défis à relever : la menace écologique, les inégalités qui se creusent en France comme partout ailleurs, la laïcité qui est touchée… Les socialistes doivent faire de nouvelles propositions, ils ne vont pas refaire ce j’ai déjà fait. Si j’ai un conseil à donner aux socialistes c’est de faire cet effort d’imagination de renouvellement, et de propositions tout en étant fier de ce qui a été fait dans le passé. »

Quelle fut la décision la plus difficile à prendre en tant que chef d’état ?

Une décision très difficile mais qui a été tout à fait majeure, c’est l’intervention au Mali.

Difficile à prendre car je savais qu’il y aurait forcément des pertes, des pertes humaines. Je devais décider vite, car sinon ç’aurait été tout le Mali qui aurait été submergé par les djihadistes. Nous avons donc évité ce scénario sans pour autant en terminer avec ce problème là dans cette zone de l’Afrique.

La décision que je n’ai pas pu prendre et qui a été lourde de conséquence c’est après l’utilisation d’armes chimiques par Bachar Al-Assad, alors que j’étais prêt au nom de la France à intervenir en Syrie, le président Obama, ne m’a pas soutenu. »

Vous supportez donc les frappes qui ont été récemment décidées par Emmanuel Macron ?

Je considère que lorsqu’il y a l’utilisation d’armes chimiques, on ne peut pas laisser faire, même si l’utilisation était cette fois-ci dans une situation différente. Et l’argument selon lequel l’ONU n’aurait pas approuvé l’intervention… quand on sait que la Russie oppose systématiquement son véto, on comprend que l’ONU ne peut plus servir de caution internationale pour réguler ces problèmes-là. »

Vous faites aujourd’hui la promotion de votre livre : « Les leçons du pouvoir », quelle serait la meilleure leçon que vous donneriez au vu de votre expérience, à ces jeunes qui voudraient se frotter au pouvoir ?

Je leur dirais de penser que la politique, ou l’exercice des responsabilités peut encore changer le destin du monde. Vous êtes des jeunes, et des moins jeunes, qui appartenez à la France. Diriger la France ce n’est pas diriger n’importe quel pays. Nous sommes, par l’histoire et ce qui nous a été donné, l’une des cinq plus importantes puissances mondiales. Un des pays qui dispose d’un siège permanent au conseil de sécurité, une parole qui est entendue et attendue. Nous avons des libertés, qui ont été conquises et qui servent de modèles. Et donc ça vaut la peine de s’engager en politique dans un pays comme la France (…) parce que quand on est français, on ne peut pas rester spectateur. »

journalistesFrançois Hollande : « Je leur dirais de penser que la politique, ou l’exercice des responsabilités peut encore changer le destin du monde ».

Sacha Courtial

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