LES GILETS JAUNES « NOU LA FÉ »: UNE ÎLE DE LA RÉUNION ÉBRANLÉE

Alors qu’en France les Gilets Jaunes s’organisent et agissent depuis le 17 Novembre, on observe qu’à la Réunion, le mouvement prend une ampleur qu’il est difficile d’appréhender depuis la Métropole. Entre les sources locales parfois indisponibles hors du département 974 (car les sites peuvent être bloqués), les rares éléments qui filtrent dans la presse et les voix des Réunionnais qui peinent à se faire entendre à dix mille kilomètres de chez eux, un lourd travail d’investigation est nécessaire pour essayer de saisir les tenants et les aboutissants de ces Gilets Jaunes Nou la fé1, et de ses conséquences sur l’île.

Si cette démarche d’observation détachée et cette volonté d’écrire un article sur le sujet de la part d’une Zoreil2 peut sembler déplacée, illégitime, hautaine, binaire – ou pire, macroniste ! – aux yeux de certains guérilleros enthousiastes qui vous regardent de haut depuis leur mètre cinquante, au point de considérer qu’il est dangereux que le dit journaliste en herbe suive un cursus dans un IEP, pour beaucoup d’autres Réunionnais elle est au contraire porteuse d’espoirs, car ils ont enfin l’opportunité de faire passer dans la presse un témoignage : le leur. L’ambition de cet article est donc de donner la parole aux principaux concernés, sur place ou non, afin qu’ils partagent leur point de vue autant sur les événements que sur la situation globale de leur île. Une démarche contraire à celle du documentaire animalier qu’en a fait la presse nationale, vous en conviendrez.

LES ORIGINES DU MOUVEMENT GILETS JAUNES A LA RÉUNION

En Métropole, le mouvement des Gilets Jaunes est au départ centré sur la hausse des prix du carburant automobile (elle-même liée pour partie à l’augmentation de la taxe sur les produits pétroliers). Cependant, la contestation s’élargit rapidement à d’autres revendications, portant sur le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires, notamment rurales et périurbaines, ou encore la démission du président Macron.

Les cibles des manifestants ont d’ailleurs fortement varié dans le cours de la semaine : d’abord concentrés sur les axes routiers, les manifestants se sont mis à bloquer des bâtiments de services publics, en occupant les préfectures, en murant les entrées des centres de Finances Publiques, ou encore en prenant des selfies devant la maison de Castaner, nommé ministre de l’Intérieur depuis le départ de Gérard Colomb le 3 Octobre dernier. Cette multiplication des cibles et l’absence de leader officiel rend donc le mouvement fortement imprévisible.

A la Réunion, les origines du mouvement sont à peu près les mêmes, bien que certains éléments divergent : bien sûr, tout ceci a commencé suite aux appels sur les réseaux sociaux à manifester contre la hausse des taxes sur le carburant. Cependant, cela s’ajoute à la très récente augmentation d’un ami du préfet dans un musée (estimée à 10 000€ par mois), qui avait été très mal vécue sur place, mais aussi de la flambée des prix due à l’Octroi de Mer.

Prix 1

 Cette taxe spéciale, appliquée à tous les territoires ultramarins, fait payer des frais de douane importants à toute marchandise importée. Elle varie selon le département d’outremer, mais à la Réunion, elle se situe entre 2,5% et 60% du prix du produit (en fonction de la nature de la marchandise). Cette imposition supplémentaire très lourde entraine donc un coût de la vie très élevé, et une baisse importante du pouvoir d’achat dans un département où en 2017, 40% de la population vivait sous le seuil de pauvreté.

Tous ces éléments, couplés avec le sentiment d’abandon que ressentent les populations d’Outremer, sont des ingrédients idéaux pour l’émergence d’un mouvement pareil à celui des Gilets Jaunes. Comme en Métropole, les manifestants se sont tout d’abord attaqués aux axes routiers, notamment la route du littoral (au Nord-ouest de l’île), axe reliant la préfecture Saint-Denis à la ville du Port, le poumon économique de l’île.

Cependant, ces actions ne sont pas du goût de tout le monde, et les Gilets Jaunes ne sont pas unanimement soutenus.

LES GILETS JAUNES KRÉOL, UN MOUVEMENT DIVISÉ QUI DIVISE

Les manifestants portant le Gilet Jaune sont, aux yeux de certains, parfaitement pacifistes. « Il y a vraiment un esprit bon enfant de la part des Gilets Jaunes au barrage de Gillot », dit Clarence*, étudiante en prépa. « La plupart du temps, ils chantent et ils dansent sur les barrages. Pourtant, à l’entrée de la route du littoral, certains se sont fait attaquer au gaz lacrymogène par les forces de l’ordre, à un moment où ils étaient à genoux pour chanter la Marseillaise, et où ils criaient ‘Policiers avec nous’ ! »

Vidéo 1

Asha*, qui étudie à Saint-Denis, a vu passer les manifestants sous sa fenêtre : « Le barrage qu’ils faisaient au Boulevard Jean Jaurès ayant été démantelé par les forces de l’ordre, ils sont partis sans faire d’histoire. Ils ne m’avaient pas du tout l’air agressifs ! »

« Même si je ne suis plus à la Réunion le temps de mes études, j’ai des retours grâce à ma famille » confie Emilie*, actuellement étudiante à Lyon. « Mon père a participé aux manifestations pacifistes des gilets jaunes et a pu remarquer que de son côté, les manifestants se sentent agressés par la présence policière et presque poussés par les instances publiques à rentrer chez eux et se taire. »

Carte
Carte des différentes communes de la Réunion, ainsi que celle des blocages en vigueur le 29 novembre 2018

Une telle virulence de la part des forces de l’ordre vient du fait que des « revendications parallèles » gravitent actuellement autour du Mouvement Gilet Jaune. Le portrait du GJ Moyen réunionnais est difficile à dresser, car les manifestants sont aussi bien jeunes que vieux, hommes ou femmes, actifs ou au chômage, etc… mais qui ont pour point commun d’être des gens des classes moyennes ou plus précaires. Ceux qui, d’après le professeur de l’IEP de Bordeaux Vincent Tiberj, illustrent le concept de « petit moyen » du sociologue Olivier Schwartz (« ceux qui gagnent trop pour être aidés et pas assez pour bien vivre »). Mais il est à tort associé à celui d’un mouvement revendicatif beaucoup plus virulent, celui des casseurs.

Basil*, étudiant à la faculté de Saint-Denis, insiste vraiment sur cette division entre les protestataires, même si pour lui ils impactent l’île de la même manière : « Dans tout ça je crois qu’il y a trois types de mobilisés : les gilets jaunes, les casseurs et les ambiancés – c’est comme ça qu’on les appelle avec ma sœur – qui sortent de chez eux « pour voir », mais qui se retrouvent, au final, mêlés à tout ça. Aux barrages, les gens chantent et dansent, comme si c’était quelque chose de bien ce qui se passait, comme s’ils n’étaient pas en train d’effrayer leurs compatriotes, comme s’ils n’étaient pas en train de ternir, une fois de plus, l’image de leur île et le mouvement en lui-même par la même occasion. »

Les casseurs en effet multiplient les attaques nocturnes, principalement dans les grands centres urbains de l’île, situés sur le littoral. Particulièrement partagées sur les réseaux sociaux, elles illustrent en quoi une partie de la jeunesse réunionnaise (la majorité de ces casseurs étant mineurs) est en totale roue libre.

46523660_2257671114477164_7707538805191868416_n

EXPLOSION DE L’ULTRAVIOLENCE : DES DÉBORDEMENTS ET DES DÉGÂTS INÉGALÉS DEPUIS PRES DE TRENTE ANS

Pour les métropolitains les plus attentifs, il est possible que l’information comme quoi des renforts militaires ont été appelés de la Métropole pour aider à pacifier le département vous soit parvenue. La police apparaît en effet comme débordée par cette explosion de violence, au point où certains fonctionnaires sont encore en service après plus d’une semaine sans congé et des journées de presque dix-sept heures de travail. C’est dans ce type de circonstances qu’un gendarme réunionnais a perdu sa main dans un affrontement entre forces de l’ordre et casseurs, suite à un accident avec une grenade.

Clarence* est aux premières loges en ce qui concerne les vagues de violence nocturne : Vidéo 2« J’habite dans les hauteurs du Chaudron (un des quartiers difficiles de Saint-Denis, ndlr), je suis donc idéalement placée pour voir quand ça pète. On pouvait voir des feux depuis chez moi, mais surtout on a entendu des échanges de tir entre les forces de l’ordre et les gars du Chaudron, qui pour certains n’avaient que des galets. La situation a vraiment dégénéré dans la nuit du 20 novembre, et c’est encore pire depuis le couvre-feu ! »

La population en effet témoigne sur les réseaux sociaux des dégradations qu’elles subissent de la part des casseurs. Une jeune fille anonyme a par exemple dit : « Ce matin (21 Novembre) dans l’agence de ma mère à Saint-Denis, des gars cagoulés de quinze ans max sont entrés et ont ordonné de sortir de l’agence et de rentrer chez eux…  parce qu’ils se préparaient à mettre le feu à toute la ville ! Ils ont tout cassé dans l’agence ! Le Quick au Chaudron n’existe plus, et le maille y est méconnaissable… ». Tandis qu’une autre, étudiante, a ironisé en critiquant le manque de véracité dans les propos de la chaîne Antenne Réunion : « ‘La nuit a été calme au Chaudron’… Merci à Antenne Réunion pour sa franchise ! Ci-joint, ce qu’il reste de ma voiture… » 

Voiture 1.png

Le bilan est à peu près le même pour Giselle*, actuellement étudiante à Lille : « Ma mère n’ose plus sortir, ma petite sœur n’est pas allée à l’école depuis qu’elles ont été fermées (du 19/11 jusqu’au 29/11, ndlr). Mon père continue à faire du vélo, mais mon parrain a failli être racketté ! »

Basil* renchérit : « Quatre jours que je veux rentrer chez moi et c’est impossible ! La Réunion appartient aux casseurs : tous les réseaux de transport sont à l’arrêt depuis samedi (17/11), impossible également de se ravitailler en essence parce que la SRPP (Société Réunionnaise de Produits Pétroliers, ndlr) est aussi bloquée. Lundi à 5h j’étais à la gare de St-Paul pour rentrer sur St Denis, pas de bus. J’ai voulu remonter chez ma sœur dans les hauts de St-Paul (à quinze minutes du centre) : j’ai mis 2h30 en voiture à cause de tous les différents blocages. A chaque barrage on se retrouve à prier pour que les bloqueurs (bien souvent alcoolisés) ne pètent pas un plomb et se mettent à caillasser la voiture ou autre. Dans la rue ou j’habite à St Denis (à Moufia), il y a des feux tous les jours : poubelles, voitures, palettes, tout ce qui peut être brûlé en fait. Même les autorités savent plus quoi faire : déjà on a un couvre-feu, une première dans l’histoire de la Réunion. Et les flics arrivent même plus à distinguer casseurs, manifestants et passants. J’ai un ami qui a été arrêté hier alors qu’il faisait la route – à pieds ! – de chez lui à chez sa copine. »

46486206_2257671147810494_293122197872967680_n

En plus de ces dégradations importantes, on observe une recrudescence d’attaques gratuites contre les hommes en uniforme. Si des violences contre les forces de l’ordre peuvent être prévisibles lors de manifestations populaires, il semble cependant illogique que les pompiers, qui n’ont pourtant pas d’autres volontés que d’aller sauver ceux qui les appellent au secours, soient eux aussi victimes d’attaques.

Vidéo 3

Cette explosion de l’ultraviolence n’est pas sans rappeler les « événements du Chaudron », survenus en 1991 dans le Nord de l’île suite à la suppression de la chaîne de télé gérée par Radio Freedom3. A la base mouvement de contestation, il avait dégénéré et entrainé la mort de huit personnes, carbonisées dans un magasin attaqué au cocktail Molotov. Seulement, les protestations d’aujourd’hui se sont étendues à toute l’île : « Même dans les hauts il y a des barrages » confie Basil*. Le Port ainsi que l’aéroport, véritables poumons de l’économie locale, ont été complétement bloqués, à tel point que les bateaux de marchandise ont été détournés à Maurice, l’île voisine, le temps que la situation s’améliore.

Pour certains, il serait mal vu d’aborder ces violences, car elles pourraient stigmatiser l’île et propager des clichés à son encontre. Cependant, il serait fondamentalement malhonnête de les éluder, en ce qu’elles ont déclenchés pour la première fois dans l’histoire de l’île un couvre-feu.

Communiqué presse

L’aspect inquiétant de ces explosions de violences est leur résurgence régulière : Depuis les événements du Chaudron de 1991, il y a eu d’autres explosions de violences en 1992, 2012, 2015, 2017, ou encore très récemment en octobre 2018 suite à l’appel à « la Purge » pour le soir d’Halloween. A chaque fois, ces violences ont eu lieu dans des zones sensibles, comme le Port ou des quartiers comme le Chaudron. Seulement, les violences qui nous intéressent aujourd’hui sont d’autant plus inquiétantes qu’elles ont une dimension pandémique : toutes les villes littorales sont touchées, et même les communes « des hauts », de réputation plus tranquilles, connaissent des déboires similaires. Une situation jamais vue dans cette île de près de huit cent-cinquante mille habitants.

« CRIS D’AGONIE », « CHANT DU CYGNE » OU ENCORE « DÉMARCHE D’AFFAMÉS », Y A-T-IL DES CAUSES LÉGITIMES A CES VIOLENCES URBAINES ?

S’il y a bien une chose qui fut reprochée pendant la démarche d’investigation menée auprès des réunionnais, c’est le fait de ne pas accorder assez d’importance à la situation des territoires ultramarins (rappelez-vous, l’attitude binaire hautaine illégitime de Zoreil qui fait le jeu du macronisme. Oui, celle-là). Pour Yvette* notamment : selon luiel, les casseurs ont exactement les mêmes motivations que les gilets jaunes pacifistes qui dansent et chantent aux barrages. Ils ont exactement les mêmes revendications, et expriment de la même manière le même ras-le-bol : « Si t’as pas capté que c’est exactement, je dis bien EXACTEMENT le même mouvement de ras-le-bol qui pousse les deux ça me fait vachement peur de te voir dans des études de science vivante. Parce que ouais la casse a vachement aidé à la visibilité du mouvement. Osez me dire qu’on en parlerait autant si ça avait pas eu lieu. Les DOM, bien plus que la métropole, doit pousser, gueuler, casser, se rendre malade, pour se faire vaguement entendre en métropole. Alors non, brûler deux poubelles, un McDo et une concession automobile ça fait pas cher payé, pour une indifférence et un mépris aussi profondément ancré. Bref. Marre. »

Or, certains de ces individus casseurs se rendent coupables de ce que l’on appelle des « violences gratuites hors ménage », c’est-à-dire non motivées par des raisons crapuleuses (règlements de comptes, « guerres de gangs » …), et dont les victimes sont des personnes sans aucun lien avec leur agresseur. Quelques casseurs ont été interpelés et mis en examens, certains ayant même fait l’objet de comparution immédiate. Mais pour les avocats de ces jeunes gens, il s’agit là d’une « démarche d’affamés », d’un cri désabusé à l’adresse des dirigeants qui laissent les territoires d’outremer de côté.

D’ailleurs, pour beaucoup des gens qui ont souhaité témoigner, la raison principale de ces débordements importants est le refus des autorités métropolitaines d’écouter les revendications des territoires ultramarins, à propos de leur situation précaire, et ce alors qu’ils sont généralement en situation de grande dépendance envers la métropole. Il est donc nécessaire de dresser un bilan clinique de la situation réunionnaise actuelle.

UNE SITUATION ECONOMIQUE PRÉOCCUPANTE A LA RÉUNION

En parallèle des réactions bienveillamment agressives, beaucoup des réponses bienveillamment bienveillantes demandaient vraiment à ce que l’accent soit mis sur la situation précaire de l’île de la Réunion. Tara* a par exemple pris la parole : « Sans aucunement excuser les cas de vandalisme, il me semble que se focaliser seulement là-dessus serait reproduire le point de vue des médias nationaux sans prendre en compte le contexte plus général. C’est facile de taper en permanence sur les « jeunes délinquants », sans avoir vécu leur situation familiale, sociale et économique qui les marginalisent et les excluent du reste de la société. Surtout que tout le monde le fait déjà. Ce serait dommage d’en remettre une couche, en occultant tout le reste du mouvement, qui fait remonter des revendications sociales et économiques, ancrées dans le paysage réunionnais depuis bien longtemps. »

Giselle* partage ce point de vue : « C’est vrai ce que dit Tara*. Tout ceci est vraiment lié à des problématiques sociales. Ce n’est pas pour rien que ça part toujours du Chaudron : c’est un des coins les plus pauvres de l’île, et le chômage touche presque toutes les familles. » Tout comme Maryse*, actuellement à Lyon : « C’est si dur d’être employé à la Réunion ! Mon frère galère vraiment à trouver un emploi, et le gouvernement, qui avait promis de nous aider, a encore réduit le nombre de contrats aidés. Lui-même et certains de ses amis ont vu leur contrat dans les écoles primaires annulés, et se retrouvent maintenant sur le carreau. Même pour les boulots les moins qualifiés comme caissière c’est dur de trouver ! »

Cette situation décrite par ces témoignages peut facilement être illustrée par des chiffres : 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2017, pour un taux de chômage de 23% (contre 8% en métropole), et seuls 43% des jeunes ont un emploi. Fin 2016, 94.000 bénéficiaires du RSA sont recensés à La Réunion, soit 17 % de la population âgée de 15 à 64 ans.

Mais outre la situation décrite par des acteurs directs et les chiffres de l’INSEE, on peut s’appuyer sur la vision qu’en ont des « acteurs extérieurs » : Sébastien, étudiant franco-mauricien en khâgne à Saint-Denis, évolue avec une mentalité anglo-saxonne dans un territoire français, ce qui lui permet de plus relativiser qu’un pur réunionnais : « Il faut d’abord poser les choses : La culture de protestation et de revendication à la française n’est pas représentative de la vie politique telle que les Anglo-Saxons nous l’ont léguée à Maurice. C’est plutôt le pragmatisme et le dialogue qui prévaut. Tu n’as qu’à voir, par exemple, à l’indépendance de l’île en Soixante-Huit : Les anti-indépendantistes, qui ont pourtant combattu férocement les indépendantistes, les ont immédiatement rejoints après la proclamation de l’indépendance pour construire le pays ensemble et passer outre les querelles d’antan. De même, la fibre sociale de l’île est encore largement dominée par l’impératif économique imposé par une vision libérale de la société et qui date du décollage de l’île dans les années 80. Maurice a donc peu ou prou toujours promu la vision libérale de l’économie et l’exercice technocratique des affaires et de la politique dans une sorte de compromis teinté d’orléanisme, s’il fallait reprendre le vocable français correspondant à ce mouvement. Et le pays en a tiré un succès économique considérable, puisqu’il se classe comme pays le plus riche d’Afrique devant l’Afrique du Sud ou les pays du Maghreb. L’exercice de la démocratie est de même apprécié très favorablement par des classements étrangers, puisque Maurice est classée comme « seule démocratie parfaite » en Afrique et 18ème dans le monde en terme d’indice de démocratie, ce qui est formidable pour un pays africain. Mais dans le même temps, la redistribution sociale et la méritocratie ne semblent pas vraiment être promues comme des valeurs fondamentales, ce qui peut gêner quand tu as, du coup, une vision latérale française sur les conditions de vie et de promotion sociale à Maurice. Et la plupart des Mauriciens populaires, en tout cas par rapport à ce qu’il en ressort sur les réseaux sociaux, me semblent avoir une affinité pour ce mouvement des gilets jaunes qu’ils voient de loin et qu’ils transposent à leurs propres revendications sociales qui sont loin, très loin d’être aussi avancées qu’en France. Donc, pour ma part, je suis très partagé entre le consensus libéral traditionnel promouvant la démocratie comme exercice du pouvoir et qui nous vient des années 1980 à Maurice, mais également la culture de la revendication par le peuple qui se souvient que la démocratie n’est pas si la souveraineté n’est pas populaire et nationale, et que démocratie ne signifie pas aristocratie à souveraineté technocratique. Mais globalement, je vois le mouvement d’un bon œil puisque l’expérience a montré que le libéralisme économique triomphant, faisant de la politique de l’économisme pur, n’a pas suscité les espoirs sociaux d’une certaine partie de la population totalement délaissée par ce mouvement vers la richesse qu’était censée incarner la mondialisation. »

Car oui, la Réunion fait face à la concurrence toujours plus rude de sa cousine Maurice : Sébastien a raison, l’île Maurice est considérée comme l’économie la plus efficace d’Afrique, ce qui peut être problématique pour la Réunion, qui n’est qu’à 231 km à vol d’oiseau. Avec un PIB PPA de 20,49 milliards de US$ en 2017, la Réunion se classe derrière Maurice pour la même donnée (27,46 milliards de US$), sachant en plus que le coût de la vie moyen à Maurice y est environ 30% moins cher qu’en France métropolitaine.

D’autant plus que l’île française souffre de désavantages que ne connaît pas sa rivale indépendante : une topographie très difficile à aménager (car le relief est extrêmement accidenté et escarpé), des terres exploitables (pour l’agriculture, la construction ou même les axes de transport) assez réduites, et des difficultés à attirer les IDE à cause d’une fiscalité beaucoup plus lourde qu’à Maurice.

Car les investissements français ne comptent pas dans le calcul des IDE. Le terme utilisé pour l’argent public français est « l’effort budgétaire ». Estimé à la Réunion en 2009 à 4,05 milliards d’euros pour un budget alloué à la totalité des territoires ultramarins de 12,7 milliards d’euros (soit près d’un tiers de toutes les subventions), il est passé à environ 4,5 milliards d’euros en 2015 pour un budget total de 14,4 milliards.

Effort budgétaire

Les investissements bruts restent cependant difficiles à travailler, mais une fois transformées en « dépenses budgétaires par personne de moins de soixante-cinq ans », on observe que la Réunion bénéficie d’un investissement par personne de 5947€ en 2015. Certes cela est inférieur à la situation d’autres territoires ultramarins (notamment la Guyane avec 7197€ par personne en 2015), mais cela reste devant les dépenses par personnes de la métropole, avec une moyenne de 5560€, soit près de 390€ de plus par personne pour la Réunion. 

Dépenses publiques

Au vu de tels chiffres, on pourrait légitimement se demander pourquoi, malgré un investissement budgétaire de la part de la Métropole, la situation n’évolue pas et que 40% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté avec un taux de chômage de 23% en 2017.

Le fait est que la Réunion, comme la plupart des territoires ultramarins, s’est construite par ce que l’on appelle barbarement en géographie une Hypertrophie du secteur public : la fonction publique et administrative y est beaucoup plus présente qu’en Métropole, ce qui se remarque lors d’une étude de documents topographiques : on observe une concentration importante dans les communes de préfectures, de centres des finances publiques, d’hôpitaux, d’établissements d’enseignement, de cités administratives… Mais le tout est moins d’octroyer des fonds publics et des administrations à un territoire que de s’assurer qu’ils soient utilisés à bon escient : la Réunion est considérée comme la sixième région la plus corrompue de France avec un indice de corruption de 14 (étude de l’association Transparency France datant de 2017), derrière Saint-Martin (avec un indice de corruption de 95), suivi de la Polynésie (49), la Corse (32), Mayotte (28) et la Guyane (18). Cela s’explique par la très forte influence du Conseil Régional dans l’économie locale, comme en témoigne son investissement dans la compagnie aérienne Air Austral : Le principal actionnaire d’Air Austral est une société d’économie mixte, la Sematra. Cette dernière réunit le conseil régional de La Réunion, le conseil général de La Réunion et la Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion.

Or, cet investissement des pouvoirs publics dans les gros secteurs de l’économie réunionnaise peut freiner drastiquement le développement du secteur privé : les PME et TPE connaissent certaines grandes difficultés, notamment au niveau du prix des marchandises dont elles ont besoin (particulièrement dans le secteur de la restauration ou de l’industrie). Cela implique alors le fait que dès que le secteur public recule, l’équilibre de la situation économique globale est menacé. Cela s’est vu notamment lors de la réduction des contrats aidés depuis 2015 : un salarié sur dix bénéficie d’un emploi aidé en 2015, soit quatre fois plus qu’en province, et leur baisse « a aggravé une situation déjà précaire », selon la députée Nadia Ramassamy.

Résumons : nous sommes dans un territoire excentré, difficile à aménager, en situation insulaire, avec un coût de la vie élevé et une situation sociale précaire due à la dépendance envers les importations. Territoire qui de plus connait des situations de corruption importantes, qui expliquent l’impopularité du préfet local, qui ne remplit pas son rôle et ne les représente pas au niveau métropolitain, et une puissance économique croissante de ses voisins. Les ingrédients idéaux pour l’émergence de protestations qui se font de plus en plus violemment, et qui piègent les citoyens lambda entre deux feux.

LE « CITOYEN MOYEN », PREMIÈRE VICTIME DE CE COCKTAIL EVÉNEMENTS EXPLOSIF

Le « citoyen moyen » est en effet particulièrement touché par le mouvement Gilet Jaune et les débordements qu’il connait. Basil* reste particulièrement critique envers la tournure qu’ont pris les événements : « Le blocage économique qui était l’idée première s’est transformé en blocage total sans but autre que faire chier les gens. Ceux qui pâtissent le plus c’est pas du tout le « sommet » comme dirait Macron, mais la base. On se retrouve avec la base qui fait chier la base ! »

Car en effet, l’île commence vraiment à souffrir de la situation « d’embargo » créée par les blocages : Les deux poumons économiques de l’île (l’aéroport et le port) étant bloqués, les importations ne peuvent plus parvenir, ce qui est très problématique pour un territoire dépendant du marché extérieur pour ses productions et sa consommation. Beaucoup de commerçants connaissent de grandes difficultés pour obtenir les marchandises nécessaires au bon fonctionnement de leur entreprises4. Certains agriculteurs lancent des messages d’alerte, car ils sont dans l’incapacité de se fournir en fourrage ou en médicaments pour leur bétail.

On a d’ailleurs assisté à des cohues dans les supermarchés de la part de la population, ainsi qu’à, dans certains cas, des rationnements à propos de certaines marchandises : « Ma mère était partie faire les courses au Leclerc du Tampon, mais il y avait tellement de monde qu’ils se marchaient presque littéralement dessus ! » dit Maryse* au téléphone. « Elle a réussi à prendre beaucoup de conserves, mais ils ont imposé seulement une baguette par personne ! » Un climat difficile à vivre pour certains : « Je ne me suis jamais sentie autant enfermée, je suis sortie hier vite fait pour faire deux courses mais sinon on reste chez soi » indique Clarence*.

46798811_333773510771258_8172671157619654656_n.jpg
Le Carrefour de Sainte-Clotilde, à dix minutes de l’ouverture

Cette situation d’embargo ne touche pas seulement le secteur alimentaire : les bateaux chargés d’importer les ressources énergétiques nécessaires à l’île n’ont pas pu entrer dans le Port, bloqué par les manifestants et les casseurs. Ils ont donc été détournés un temps à Port-Louis, à Maurice, le temps que le terrain soit pacifié et que l’on puisse décharger des marchandises dangereuses sans risque par le biais de la SRPP.

Mais plus récemment, des vidéos circulent et montrent les camions d’hydrocarbures qui circulent de nuit, encadrés par les forces de l’ordre, mais cela ne signifie pas pour autant que la population y a accès : la préfecture a ordonné de restreindre l’approvisionnement des stations-services afin de faire pression sur le mouvement et espérer le faire disparaître en plombant encore plus l’économie locale.

En plus de connaître ces difficultés d’approvisionnement, le réunionnais moyen est confronté à une explosion de la « petite délinquance », différente de celle des casseurs. Les forces de l’ordre étant monopolisées par les scènes de guérillas urbaines, les zones plus en marge comme les Hauts se retrouvent complétement à la merci des cambrioleurs. « Pendant la journée, ma famille a remarqué que des gens rôdaient autour de la maison » dit Maryse*, « Mais une fois la nuit, des gens sont entrés dans le jardin, et mon frère est sorti pour les faire fuir ! Il y a beaucoup de foyers dans ma ville qui ont été cambriolés ».

Les maisons ne sont pas les seules à subir des dommages : on observe une recrudescence des rackets visant les personnes seules. Maryse* témoigne : « Ma mère écoutait Radio Freedom et m’a dit qu’une femme avait appelé le standard en pleurs pour faire part de son agression. Elle a été tabassée et dépouillée par des jeunes, et quand elle a appelé la police pour qu’ils viennent l’aider, ils lui ont répondu qu’ils avaient ordre de ne plus intervenir dans ces cas-là ! Un ordre qui viendrait de très haut. L’île est livrée au bon vouloir des casseurs, certains hommes ont même proposé de se regrouper en milice privée et de faire le boulot qu’on interdit aux policiers de faire – LEUR boulot ! »

Vanessa MiranvilleIl semblerait en effet que pendant la venue de la ministre des Outremers Annick Girardin sur place pour parlementer avec les bloqueurs, ordre a été donné aux policiers et aux gendarmes d’éviter de se déplacer pour pacifier les zones en proie aux violences et aux dégradations. Et ce alors qu’une trentaine de CRS étaient constamment autour de la Ministre. Pour beaucoup de réunionnais, cela a été vu comme une illustration dramatique des disparités de traitement entre eux et les dirigeants.  D’ailleurs, des répressions très fortes ont eu lieu sur la Route du Littoral le 27 novembre à l’encontre de manifestants pacifistes de la part des forces de l’ordre. La Maire de La Possession, Vanessa Miranville, a d’ailleurs expliqué sur les réseaux sociaux à quel point elle ne cautionnait pas ces actions entreprises sur ordre du Ministère des Outremers.

Cependant, il apparaît aussi qu’une partie de la classe politique locale a des difficultés à même communiquer avec leurs électeurs : « J’ai entendu dire que certains des maires étaient partis de l’île pour rejoindre la métropole quand ça avait commencé à péter », confie Giselle*. Un refus d’écoute qui crispe d’avantage les tensions entre citoyens et dirigeants, comme en témoigne l’impopularité croissante de Didier Robert, président du conseil régional.

UNE CENSURE DES ÉVÉNEMENTS DANS LA PRESSE ET SUR INTERNET ?

Le refus d’écouter et une chose, le refus de laisser les gens s’exprimer en est une autre. Beaucoup des intéressés se sont plaints du manque de circulation des informations entre l’île et la métropole.

Partie censureYvette* indique de façon amicale que n’importe qui d’un tant soit peu intéressé peut obtenir toutes les informations qu’il veut en quelques clics sur le Net. Cependant, il semblerait qu’iel ait fait abstraction du fait que les sites d’informations réunionnais voient leurs articles, vidéos, ou replay, indisponibles hors de la zone de l’île. Une maladresse de sa part, sans nul doute. Rien de bien méchant.

Mais même sur place il est difficile de démêler le vrai du faux, d’obtenir des informations exactes. Les autorités semblent très réfractaires à l’idée de correctement informer les gens sur la situation, les dégâts, et surtout de donner la parole aux principaux concernés. De plus en métropole, l’absence totale d’informations depuis le passage de la ministre donne l’illusion que tout a été réglé. Or il n’en est rien : S’il est vrai que certaines revendications ont été acceptées, notamment un gel de la taxe sur le carburant pour une durée de trois ans, et qu’il semble y avoir une réduction des barrages, de nouveaux blocages sont prévus durant le weekend du 8 et 9 décembre.

Mais la censure dont se plaint la population locale ne se limite pas à un manque de traitement de l’information : certains de leur propos ou des vidéos et des photographies partagées sur des sites comme Facebook et Twitter ont « malencontreusement » disparues, malgré un effet Streisand important avec des partages conséquents.

Clarence* martèle : « Les médias sont en partie censurés. Ça se voit. On observe une grosse différence : Samedi par exemple, Linfo est parti en reconnaissance la nuit pour constater les dégâts sur les routes. Et depuis, ils ne le font plus ! On n’a quasiment plus de direct sur les violences ou les trucs en feu de la part des médias. Les seules vidéos en direct sont publiées par les habitants. Mais du coup c’est chiant, parce que hier soir on aurait voulu être plus informé à propos des feux qu’on a vu mais on n’a pas eu grand-chose. Et on dirait qu’on se fait censurer sur Facebook aussi : Facebook a bugué, au point où on pouvait plus envoyer de message sur le groupe de notre prépa. Et depuis ça, on a du mal à partager certaines vidéos et certains groupes Facebook se ferment. Ah oui le meilleur : Freedom ! La radio est remise en question, parce qu’ils ont censuré des appels ! Ils ont coupé des gens, et à 21h – l’heure du couvre-feu – ils ont fait comme s’il n’y avait rien et ont mis Chaleur Tropicale5, au lieu de relayer les infos comme les autres soirs ! » Un contexte qui a donné lieu à de nouvelles tensions entre les Réunionnais et le pouvoir, qui ont pour certains perdu toute confiance dans les médias, médias qui sont supposés non seulement les tenir informés de la situation, mais aussi tenter de mettre un visage sur ces voix qui ne demandent qu’à être écoutées par les classes dirigeantes.

DES ETUDIANTS ET DES JEUNES MOBILISÉS

La grande majorité des Réunionnais ont un amour profond pour leur île et pour leur culture créole. MemeUn déménagement en Métropole ne suffit pas à les déconnecter de leur chez-eux et leur faire oublier la vie dans l’Océan indien. Il n’est donc pas étonnant de voir beaucoup de ces jeunes être fortement touchés par cette situation extrême. Preuve en est les nombreux témoignages reçus pour écrire cet article, la grande majorité venait d’étudiants.

Mais les actions estudiantines et de la jeunesse ne se limitent pas à la création de memes qui circulent sur les pages populaires dans le département 974 : beaucoup des Gilets Jaunes pacifistes sont relativement jeunes, parfois étudiants, d’autres fois en apprentissage ou au début de leur vie active, et dont le but est de participer à un mouvement qui se voulait à l’origine exclusivement pacifiste, et de porter dans la sphère publique leurs inquiétudes à propos de la situation de cette île si chère à leur cœur.

Preuve de l’ampleur inhabituelle du mouvement : des étudiants de la CPGE littéraire du lycée Leconte de Lisle à Saint-Denis ont laissé de côté leurs études lourdes le temps d’adresser une lettre ouverte au gouvernement, dans laquelle ils expriment leurs craintes, leur indignation, et lancent un appel aux différents ministères pour qu’ils considèrent la Réunion non pas comme un territoire excentré, mais comme une région française à part entière, mais aussi pour manifester leur sympathie envers le mouvement Gilet Jaune pacifiste et les revendications qu’ils soutiennent. Bien qu’elle ait surtout circulée sur des médias réunionnais, le site Mr Mondialisation l’a partagée intégralement sur son site, afin que la population métropolitaine puisse y avoir accès plus facilement.

Alors que le mouvement entame sa cinquième semaine, il est très difficile de prévoir l’évolution de la situation, aussi bien à la Réunion qu’en Métropole : entre un gouvernement implacable et une manifestation versatile et donc difficile à contrer, entre un Etat centralisé et un territoire excentré, le combat semble cependant loin d’être terminé. Seuls les Réunionnais ont le pouvoir de décider quelle direction va prendre leur île, et de faire briller une de ces perles de l’archipel des Mascareignes et de l’Océan Indien.

Léa Sentenac

 Pour aller plus loin :

* : Les noms avec un astérisque ont été modifiés à la demande des témoins pour respecter leur anonymat.

Nou la fé : Une expression en créole réunionnais qui signifie simplement « fait par nous », donc traduisible par « fait maison » ou « fait à la Réunion ». Elle a été labellisée et appliquée aux marchandises produites dans la région.

2 Zoreil : Terme local désignant un individu d’origine métropolitaine. Particulièrement utilisé en créole, il tend cependant aujourd’hui à être utilisé plutôt d’une façon péjorative, au point de servir d’insulte dans certains cas.

3 Radio Freedom : LA station de radio régionale, véritable institution, connue pour recevoir toute la journée des appels des Réunionnais venant commenter l’actualité, demander conseil auprès de spécialistes (notamment dans le domaine du droit), ou simplement partager des bons plans ou des anecdotes.

4 La chaîne Réunion 1ère a réalisé un reportage sur le sujet, disponible sur leur chaîne YouTube officielle (lien dans les sources).

5 Chaleur Tropicale : émission gérée par Radio Freedom la nuit. Le principe reste de permettre aux Réunionnais d’appeler la station comme ils le souhaitent, mais ce créneau est réservé pour passer des petites annonces sur le modèle des sites de rencontres ou des agences matrimoniales.

SOURCES

Reportage sur les événements du Chaudron en 1991 : https://www.youtube.com/watch?v=WnTKncFPVa8

Corruption à la Réunion : https://www.clicanoo.re/Faits-Divers/Article/2017/02/21/La-Reunion-6eme-region-la-plus-corrompue-de-France_455683?fbclid=IwAR2a_6kDYPzGJCn54inanSUZKWv2mVahBOEe1jOQJ7OLMocZa8lP4yWZhT0

Document L’effort budgétaire en faveur de l’Outremer (François Ecalle) : https://www.fipeco.fr/pdf/0.65046600%201492004707.pdf

4Reportage sur les difficultés des entreprises durant la crise sociale : https://www.youtube.com/watch?v=FA6rubCSyWk

Lettre ouverte de la CPGE littéraire de Saint-Denis : https://mrmondialisation.org/la-lettre-des-etudiants-en-jaune-de-la-reunion-au-gouvernement

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s