LE CORPS DES FEMMES: POLÉMIQUE ET POLITIQUE EN SON SEIN

Samedi 15 décembre, sur les Champs-Elysées, cinq « Marianne » se positionnent devant les CRS. Affublées d’une veste rouge et d’une cocarde, elles se postent fières, le torse bombé, le corps argenté et les seins dénudés. Derrière cette polémique, Déborah De Robertis, performeuse et artiste luxembourgeoise, qui entend brandir le corps des femmes mis à nu comme un geste politique.

Quelques heures plus tard, TF1 diffuse un plan des coulisses du concours Miss France laissant entrevoir les seins nus de la dénommée Miss Corse, désormais décidée à porter plainte contre la chaîne.

Polémique, politique, le poing en l’air sera-t-il à l’avenir accompagné d’un sein nu ? 


Le sein militant

femenDans l’histoire moderne, le sein s’est imposé sur la scène politique dès Mai 68, pendant que nos grands-mères brûlaient leur soutien-gorge d’une main et jetaient un pavé de l’autre. Récemment, il a refait son apparition avec le mouvement des Femen, certes fondé en Ukraine en 2008 mais dont les happenings se déroulent régulièrement dans l’hexagone. Les activistes, dont les slogans sont inscrits sur leur corps, notifient leur nudité comme un geste militant. Il s’agit alors de désexualiser le sein féminin. En 2012, sur le plateau du Petit Journal de Yann Barthès, la présidente Inna Shevchenko exposait le double-standard de la nudité : un homme peut légitimement courir torse nu en ville quand une femme doit couvrir son sein en public. L’ukrainienne rappelait également que ses militantes étaient poursuivies en justice pour « exhibition sexuelle » après chaque action. Montrer ses seins en public dans des actions politiques permettrait, selon elle, de prouver que le sein n’est pas un organe sexuel, et qu’il demeure de fait ridicule et sexiste de les condamner pour une quelconque infraction sexuelle.

Le sein maternel

Le sein est également politique dans le cadre de l’allaitement maternel. Ainsi aux Etats-Unis, un mouvement a pris de l’ampleur avec le soutien actif de l’ancienne actrice de Charmed Alyssa Milano. Cette dernière a été lynchée pour la seule raison d’avoir publié des photos d’elle et son enfant en train de téter.

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De même, en 2006 en France, une « Grande tétée » ambitionnait de promouvoir l’allaitement en public, à l’initiative de la Coordination Française pour l’Allaitement Maternel (CoFAM). Les mères qui allaitent en public sont sanctifiées ou insultées, à l’image des femmes bibliques, à l’origine du monde ou du chaos. Réhabiliter l’allaitement en public serait donc une façon pour les femmes et leurs seins de trouver leur place dans l’espace public.

Le mouvement #FreeTheNipples, initialement lancé autour de l’allaitement, avait fait bouger Instagram, permettant aux mères de partager du contenu sur leur accouchement ou l’allaitement de leur bébé sans craindre d’être censurées. Mais seulement pour un temps limité, seul le sein maternel restant toléré. Cela reviendrait ainsi à considérer que seul le corps des mères est désexualisé, les autres seins restants bannis car sexuels…mais dans quels yeux ?

Le sein numérique

article fannyDe fait aujourd’hui, la censure demeure autant réelle que virtuelle. Sur les réseaux sociaux, les seins nus sont traqués, signalés et retirés. Alors qu’en quelques clics chaque utilisateur peut accéder à du contenu violent ou pornographique, la plateforme Instagram se borne à supprimer les photos montrant un sein nu. Le comédien, humoriste, chanteur et chroniqueur français Océan, a ironiquement constaté son changement de statut sur internet. Depuis sa mastectomie, consécutive à sa transition, il peut publier des photos de son torse sans problème. Il commente : « Donc maintenant c’est ok @Instagram ? Mes photos vont plus être censurées si je poste mon torse ? ». Avant d’ajouter l’analyse pertinente suivante : « Etre trans c’est ressentir l’absurdité et l’injustice du patriarcat dans sa propre chair ».

tétonLa question se pose aussi dans le cadre du mois « Octobre rose » et plus largement concernant la lutte contre le cancer du sein. Banaliser la vue du sein c’est permettre aux femmes de parler de leur corps plus librement, en vue in fine d’un meilleur dépistage. Mais comment aborder ce fléau, dont on dénombre 1,7 million de nouveaux cas par an dans le monde, quand l’organe en question reste censuré ? Montrer le sein c’est le banaliser, l’analyser, et en parler, pour éviter peut-être de ne plus pouvoir le palper.

Alexia Cassar (_alx_c_), tatoueuse de mamelon, se trouve dans la même situation, alors qu’elle permet aux femmes ayant subi une mastectomie de recouvrer des seins quasi similaires à leurs originaux. Véritable héroïne qui répare autant le cœur que le téton, elle fait aussi face à une censure de ses photos, immédiate sur Facebook et après signalement sur Instagram, dès lors que les seins pointent le bout de leur téton.

Le sein enfantin

Parmi les politiques des plateformes internet, une précision reste à apporter. A quel moment le sein devient-il prohibé à l’exhibition ? Aucune règle sur les réseaux sociaux ne donne d’indication sur ce qui fait d’un torse de fille ou de femme, un sein. A quel âge, par exemple, la poitrine d’une fille est-elle considérée comme une paire de sein ? Cacher le torse d’une petite fille reviendrait-il à sexualiser son corps, à considérer que cette partie d’elle devient désirable ? Se pose plus largement, la question de savoir à quel âge on sexualise les petites filles, et pour qui leur corps devrait être caché.

Le sein médiatique

On se souvient de la députée Aurore Bergé attaquée sur Twitter pour son décolleté et sa robe courte dans Salut Les Terriens. Comment imaginer qu’un sein nu puisse alors être accepté dans notre société, quand la moindre évocation de ce dernier fait vriller la toile ?

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Constance, humoriste dans l’émission Par Jupiter de France Inter, en a fait les frais en enlevant le haut pour exposer sa poitrine, contre « les puritains moralisateurs ». Elle a par la suite publié les messages reçus sur les réseaux sociaux : entre autres propositions sexuelles, ou des insultes d’une extrême violence. Dans le même temps, les torses masculins continuent de s’exposer, symboles de virilité, poussant les hommes à se conformer à une norme absurde, rappelant aux femmes que l’égalité doit se conquérir sur de multiples terrains.


Les seins des femmes, polémiques pour les adeptes du patriarcat, se veulent politiques pour les femmes souhaitant s’en défaire et par la même, défaire leur soutien-gorge. En définitive, à l’heure où le symbole d’Eugène Delacroix est repris par le mouvement des « Gilets Jaunes », se pose la question d’une femme au sein nu guidant le peuple vers la liberté.

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Fanny Ruz-Guindos-Artigue

 

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