ENTRETIENS AVEC ARMELLE CARBONEL, REINE FRANÇAISE DU ROMAN NOIR

Au vu de la gentillesse avec laquelle Armelle Carbonel nous accueille à la Foire du Livre 2019, difficile de croire que son surnom est « La Nécromancière ». Et pourtant, cette femme, déjà récompensée à onze reprise depuis l’âge de quatorze ans, maîtrise un style où angoisse viscérale se mêle au suspens. Connue pour ses histoires à huis clos, son écriture très visuelle et son travail sur la paranoïa, elle est en phase de devenir la référence française incontournable du thriller psychologique. Retour sur une rencontre enrichissante avec une auteure qui, à n’en pas douter, marquera le monde du roman noir.

GT : Bonjour à vous, et merci beaucoup de nous accorder cet entretien. Pourriez-vous tout d’abord présenter votre travail chez Ring ?

AC : Sinestra, c’est mon troisième roman, et c’est mon premier publié chez Ring. Quand j’ai été approchée par Ring, ce que j’ai aimé c’est la liberté d’expression. Parce que j’ai un univers un peu particulier, dans le sens où j’écris essentiellement des histoires à huis clos. Ce sont des thrillers angoissants, ce que j’appelle des romans d’atmosphère, avec des lieux existants. J’adore travailler sur des lieux existants – sans forcément y aller – mais je travaille beaucoup visuellement. Donc je me balade beaucoup dans les lieux pour ressentir justement cette espèce d’angoisse que j’aime insuffler. Bien que mes livres soient tous très différents, cela se ressent sur les trois. Et ce n’est pas forcément évident de trouver un éditeur qui les accepte. Surtout avec l’écriture que j’ai, qui s’adapte à chaque roman. Là par exemple, je suis en Suisse, en 1942, au Val Sinestra, qui est un lieu qui existe. Il y a des enfants qui arrivent, qui fuient la France avec leurs mères pour se réfugier dans les montagnes, tant pour fuir le conflit que pour soigner leurs troubles respectifs, et à qui on promet refuge et soins. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait ce qui les attend au Val Sinestra… Je vous parle en terme de retour, je ne me permettrais pas de juger moi-même mon écriture ! (Rires). Le style littéraire est venu de lui-même, mais sur un côté quelque peu poétique dans l’horreur, pour jouer sur ce décalage. Et ça, c’est quelque chose que tout le monde ne publierait pas forcément…

SL : Pourriez-vous nous parler des deux romans qui ont précédé Sinestra ?

AC : Le premier s’appelle Criminal Loft (2015), et raconte l’histoire de huit condamnés à mort, dans une téléréalité qui se déroule dans un sanatorium – qui existe aux Etats-Unis, le sanatorium de Beverly Hills. C’est calqué sur le principe de la téléréalité : toutes les semaines, un candidat est éliminé par les auditeurs. Le lieu est le plus hanté des Etats-Unis, et on vit le Loft de l’intérieur à travers le narrateur, John, un sociopathe. Le second s’appelle Majestic Murder, à l’image d’une pièce mettant en scène une compagnie de théâtre complètement folle.

GT : A ce propos, d’où vous est venu le choix de ce style plutôt angoissant ?

AC : Je ne saurais trop l’expliquer. J’écris depuis toute petite. A dix ans déjà mon premier roman s’appelait Etrange Demeure, donc je pense avoir un truc avec les endroits et les atmosphères (rires). J’aime frissonner, en fait, étant plus réceptive à l’émotion, à la psychologie des personnages et à l’atmosphère. Dans la réalité, j’ai horreur de l’angoisse, mais dans la fiction, j’adore.

SL : Nous avons appris que Netflix vous avait approché, quel effet cela vous a-t-il fait ?

AC : Connaissant un peu le milieu, je sais qu’il ne faut pas s’avancer non plus, mais cela fait super plaisir. On me dit souvent que j’ai une écriture très visuelle, mais c’est toujours très étonnant quand cela devient une réalité et qu’on me propose l’adaptation. C’est la cerise sur le gâteau : on écrit, mais on n’imagine pas que cela pourrait être adapté, donc je trouve ça formidable. Après, rien n’a commencé, et même pendant un tournage tout peut basculer. Donc tant que ce n’est pas sur les écrans, rien n’est joué.

GT : Si le projet avait lieu, comptez-vous participer à l’adaptation ?

Ça oui, j’aimerais beaucoup ! De toute façon, je ne crains pas du tout un écart entre mon livre et l’adaptation. Peu de choses me font peur, en réalité.

SL : A l’ère où le trash l’emporte sur l’anxiogène, ne vous parait-il pas plus difficile de séduire le public avec un scénario construit ?

AC : Si, totalement ! Je me sens complètement en décalage, en fait. Il reste quand même un lectorat, même un peu restreint. Il y a aussi chez Ring une puissance très différente de la mienne, donc je me sens un petit peu en retrait. Après, c’est aussi au lecteur de trouver son auteur, donc je pense qu’il y a aussi un lectorat aux vues poétiques, oniriques, même dans le thriller. De toute façon je suis incapable d’écrire du trash, d’autant que je n’ai pas envie d’en écrire. Donc c’est à ces lecteurs-là que je pense m’adresser avant tout.

GT : Quels conseils donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

AC : Ne jamais arrêter d’écrire. Ne jamais cesser d’écrire, quoiqu’il advienne. Et se rappeler pourquoi on écrit : pour le plaisir d’écrire.

SL : Avez-vous d’autres projets en cours ?

AC : J’en ai deux en tête, mais ils ne sont pas commencés. Je me remets encore de Sinestra, pendant ce temps je suis encore dans la documentation.

GT : Qu’est-ce qui vous parait le plus difficile dans l’écriture ?

AC : La première phrase. Je peux rester plusieurs semaines dessus : je n’ai pas la peur de la première page, mais de la première phrase.


Plongez dans le Val Sinestra en regardant la bande annonce officielle du dernier livre d’Armelle Carbonel :


Propos recueillis par Gilles Touran et Sabine Lula, Foire du Livre 2019

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