ENTRETIEN AVEC MATTIAS KÖPING, PRINCE DES TÉNÈBRES ET DU THRILLER

Lorsque nous arrivons sur le Stand de Ring à la Foire du Livre 2019, Mattias Köping est le premier à nous accueillir, par cette simple phrase, alors qu’on s’intéresse à ses livres : « Attention, public averti uniquement ! ». Cet homme sympathique se cache en effet derrière deux ouvrages très particuliers, aux thématiques très différentes, mais qui ont pour point commun leur noirceur absolue. Récompensé par le Grand Prix des Mines Noires dès son premier roman, considéré par la majorité des amateurs de thrillers et les blogs spécialisés comme un auteur exceptionnel du genre, Köping s’est spécialisé dans les livres coup de poing, arborant sans censure des thèmes comme la violence, la drogue, la prostitution, les réseaux pédophiles, la guerre, ou encore la vengeance. Retour sur une rencontre avec ce véritable « prince des ténèbres », qui nous guide par ses mots impitoyables dans les méandres les plus sombres de la nature humaine.

SL : Bonjour Monsieur Köping, merci infiniment de nous avoir accordé cet entretien. Pourriez-vous vous présenter rapidement pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

MK : Bien sûr ! Je suis Mattias Köping, je suis bientôt âgé de quarante-sept ans – hélas ! (Rires). Je suis marié, j’ai deux enfants. Je mène une vie extrêmement tranquille à la campagne, en Normandie. Et bien entendu, j’écris !

GT : Vous avez écrit à ce jour deux livres publiés chez Ring. Comment vous les résumeriez ?

MK : Alors, pour le moment, j’ai commis deux ouvrages absolument horribles (rires), qui sont réputés pour leur dureté. Le premier s’appelle Les Démoniaques (2016), le second Le Manufacturier (2018). Le premier est un roman noir, alors que le second est davantage un thriller, construit sur de multiples enquêtes. Mais la marque de fabrique des deux est que je ne fais strictement aucune concession avec les thèmes de la violence, ce qui fait qu’il y a des scènes très, très dures. Et que mes livres s’adressent à un public averti !

SL : Pourquoi avoir choisi la maison d’édition Ring pour publier vos ouvrages ?

MK : Voilà comment ça s’est passé : quand j’ai écrit Les Démoniaques, je me suis demandé qui pourrait publier ça. J’ai cherché sur Internet, et je suis tombé sur le site des éditions Ring. Et je me suis dit que s’il y en a bien un qui peut publier ça, c’est eux ! (Rires). J’ai envoyé le manuscrit, ils ont accepté ! Un envoi par la poste a suffi, et la réponse a été immédiate – et positive.

GT : Vous avez reçu le prix des Mines Noires pour les Démoniaques, et le monde des blogs consacrés aux thrillers semblent considérer à l’unanimité vos livres, et plus particulièrement Le Manufacturier comme des références incontournables du genre. Ça vous fait quoi, d’être consacré dès le début de votre carrière d’écrivain ?

MK : J’ai été absolument ravi, parce que c’est un roman qui ne fait pas forcément consensus. Du reste, les membres du jury m’ont dit que ça avait été très, très discuté. Certains lecteurs étaient absolument horrifiés qu’on puisse donner un prix à un bouquin pareil (rires). Moi, ça m’a honnêtement fait chaud au cœur. J’aime beaucoup rencontrer mes lecteurs, c’est toujours un grand moment pour moi de pouvoir dialoguer avec eux de mes bouquins, et surtout d’expliquer que mon traitement de la violence n’est pas une complaisance vis-à-vis de cela. Il y a vraiment une volonté de dénonciation de ma part.

SL : Vos ouvrages abordent des sujets comme la prostitution, la guerre, le meurtre, la vengeance… Mais qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, surtout sur des thématiques aussi sombres ?

MK : Eh bien, il y a pas mal de choses qui me mettent vraiment en colère, et qui me révoltent. Il y a vingt-cinq ans de ça, ça me rendait même malade. Il faut aussi se souvenir qu’à une époque, aux infos et en première partie de soirée, on diffusait des images atroces, qu’il serait impensable de seulement montrer aux spectateurs aujourd’hui. Du coup, écrire, c’est pour moi une façon de rendre les coups. On vit dans un monde absolument impitoyable, et oui, c’est une façon de rendre la pareille à tout ce qui nous entoure.

GT : La rumeur prétend que Netflix vous aurait approché pour des adaptations de vos romans. C’est vrai ?

MK : C’est exact, mais je ne peux pas vous en dire plus… Tout simplement – et ce n’est pas un secret – je n’en sais pas plus moi-même. Mais oui, une productrice de Netflix a contacté Ring pour le Manufacturier. Pas les Démoniaques, non. Ça serait impossible à adapter (le livre aborde notamment le trafic d’esclaves sexuelles mineures, ndlr). Mais le Manufacturier reste tout aussi dur que les Démoniaques, avec des thématiques différentes, voilà tout. Puisque vous êtes à Sciences Po, je peux vous parler un petit peu de géopolitique : lorsque la guerre de Yougoslavie a commencé, moi j’avais dix-neuf, vingt ans, et j’étais vraiment friand d’informations, je me renseignais énormément. Les années 90 – 95 ont été absolument brutales et sordides : il y a eu la Yougo, la guerre civile en Algérie, le Rwanda, et à la fin de la décennie la Sierra Leone et le Liberia, avec Charles Taylor et ses assassins sanguinaires. Ce sont des choses qui m’ont beaucoup marqué. Je ne pensais pas en faire un livre un jour, mais tout est revenu.

SL : Vos livres sont indéniablement réservés à des publics avertis, au vu des sujets qu’ils abordent. Mais on voulait savoir : comment a réagi votre entourage ? Votre femme, vos enfants, ils les ont lus ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ?

MK : Ma femme a refusé de lire les Démoniaques – je ne lui en tiens pas du tout rigueur, rassurez-vous (rires). Par contre, elle a lu le second, et elle l’a trouvé vraiment très bon. Le Manufacturier marche très bien, il a une belle promo : Gérard Collard de La Griffe Noire l’a couvert, c’est passé sur Canal, sur Le Magazine de la Santé, sur Radio Sud… Par contre, non, il est hors de question que mes enfants les lisent ! Ils ont quatorze et seize ans, et je leur ai réservé un exemplaire quand ils atteindront l’âge adulte. Bien sûr, il n’y a strictement aucune obligation de lecture pour eux. S’ils refusent, je ne leur en voudrais pas du tout. Ce n’est pas un souci, loin de là ! Je trouverais d’ailleurs assez opportun qu’on interdise mes bouquins aux moins de dix-huit ans, ça ne me gênerait pas.

GT : Vous avez de nouveaux projets en cours ? De nouvelles histoires à raconter ?

MK : Je suis en train d’y réfléchir. Je ne sais pas du tout si ça aboutira, mais en ce moment je m’intéresse pas mal au Mexique, aux cartels, etc… C’est pareil, je crois qu’il y a beaucoup de choses à dire. Un membre de l’ONU – un secrétaire je crois – a dit qu’on pouvait actuellement considérer le Mexique comme un pays en état de guerre, tant il y a de morts liés aux trafics de drogue.

GT : Vous écrivez donc un peu de façon à sensibiliser un public qui n’est pas familier de ces histoires sordides, et pourtant réelles ?

MK : Effectivement. Disons qu’en dessous de quarante ans, mes lecteurs me disent souvent qu’ils ne savent pas trop ce qu’il s’était passé en Yougoslavie dans les années quatre-vingt-dix. Vous-mêmes, vous n’étiez pas nés ! (Rires) Donc, j’ai fait en sorte que ce soit assez clair. Visiblement, ça intéresse les gens, puisque certains qui viennent me voir me disent qu’ils sont allés creuser, se renseigner sur ce conflit. Et finalement, ça leur a beaucoup plu, d’apprendre des choses sur une période et un contexte dont ils ignoraient tout.

 SL : Avez-vous un mot de la fin, ou un message à faire passer aux étudiants de l’IEP ?

MK : Oui ! J’espère que mes lecteurs vont être de plus en plus nombreux. Et j’insiste bien sur ce dernier point final : pour public averti uniquement !


Envie de plonger dans l’univers de Mattias Köping ? Découvrez la bande annonce du Manufacturier :


Propos recueillis par Gilles Touran et Sabine Lula, Foire du Livre 2019

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