ENTRETIEN AVEC ZINEB EL RHAZOUI, JOURNALISTE RESCAPÉE DE CHARLIE HEBDO

Un peu plus de quatre ans après les attentats de Charlie Hebdo, la journaliste Zineb El Rhazoui apparaît à Bruxelles plus déterminée que jamais, et ce malgré des menaces de mort constantes sur les réseaux sociaux, et une attaque la ciblant à la Foire du Livre 2019. Entourée de sa protection rapprochée, mais aussi de lecteurs belges et français venus massivement la rencontrer et lui témoigner leur soutien, cette femme au courage à toute épreuve nous accorde très gentiment un peu de son temps pour répondre à nos questions. Retour sur une rencontre exceptionnelle, avec une des militantes pour les Droits Humains les plus intrépides de la décennie.

GT : Bonjour Madame El Rhazoui, et merci de nous recevoir. Pouvons-nous tout d’abord vous demander, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, de vous présenter ?

ZER : Je m’appelle Zineb El Rhazoui. Je suis journaliste, militante des Droits Humains, et combattante pour l’universalisme et contre la montée de l’islamisme dans le monde et en Europe.

SL : Vous avez publié deux livres, 13 et Détruire le fascisme islamique. Comment les résumeriez-vous ?

ZER : 13, c’est treize récits de treize protagonistes de la nuit du 13 novembre 2015 en France. Nuit sanglante, celle des attentats du Bataclan, du Stade de France et des terrasses. Treize protagonistes secouristes, policiers, victimes, familles de victimes, blessés… C’est un livre de journaliste, où j’ai simplement tendu le micro, car j’aurais aimé que l’on fasse cela avec nous après les attentats de Charlie Hebdo. Détruire le fascisme islamique est un pamphlet, dans la tradition du pamphlet. C’est un livre de combat, qui déconstruit les arguments de base que vont utiliser les islamistes et leurs idiots utiles pour vous faire taire, pour vous empêcher de défendre votre liberté.

GT : Comment avez-vous choisi Ring comme éditeur ?

Je n’ai pas choisi Ring pour publier. Ring m’a proposé ce projet éditorial et je l’ai accepté.

SL : Vous avez été récemment attaquée ici même à ce salon littéraire, certains de vos livres ont été dégradés et des menaces ont été proférées. Que souhaiteriez-vous dire à ces gens qui vous ont attaquée aussi lâchement ?

D’abord, je n’ai pas été attaquée en personne : le stand a été attaqué la veille de mon arrivée, bien que mes livres aient été ciblés tout particulièrement. Ce que j’ai envie de leur dire, c’est que premièrement, c’est raté, puisqu’on est là, on signe, on rencontre nos lecteurs. Et deuxièmement, ça n’a jamais honoré personne, de commettre des autodafés. Détruire des livres, c’est avoir l’illusion de détruire l’idée. On n’a qu’à faire un petit inventaire rapide des personnes ou des civilisations, des régimes qui ont détruit les livres dans le passé. On va très vite retrouver l’Inquisition et tout type de régime totalitaire. Vous voyez, ça ne les honore pas.

Publication de Ring.png
Communiqué des Editions Ring suite aux dégradations subies à la Foire du Livre 2019

GT : S’il y a indéniablement un avant et un après 7 janvier, quel a été l’impact de cet évènement sur votre démarche ?

ZER : Mon engagement au service de cette cause ne date pas du 7 janvier 2015. Si j’étais à Charlie Hebdo, c’est justement parce que j’étais engagée pour cette cause depuis des années. Mais ce crime horrible, qui a été commis sur des proches le 7 janvier, et les autres crimes qui ont été commis par la suite, sont des crimes qui ne relèvent pas du droit commun. Ce sont des crimes idéologiques, politiques, d’une idéologie que j’appelle le fascisme islamique. Ces crimes-là m’ont donné la certitude que je suis engagée pour un combat juste, un combat de vie ou de mort. Un combat que l’on ne peut absolument pas se permettre de perdre, car si cette idéologie se retrouve avec une autoroute devant elle, sans personne pour se lever ou résister… Vous n’avez qu’à voir les modèles de régimes que cette idéologie a façonnés à travers le monde, et vous préfèrerez rester tels que vous êtes.

SL : Une pétition lancée par certains de vos lecteurs circule actuellement sur Internet, et demande que votre visage soit utilisé comme effigie de Marianne. Quel effet cela vous fait-il ?

ZER : Ça m’honore. C’est pour moi un grand honneur, et c’est quelque chose d’extrêmement émouvant que cette pétition qui a été lancée par des lecteurs et qui a recueilli des milliers de signatures voit en moi le visage de la République. C’est pour moi une très grande fierté. Que l’initiative aboutisse ou pas, pour moi c’est un galon, un gage de confiance qui me donne la force de continuer ce combat.

GT : En tant que militante des Droits Humains, et face aux obstacles que rencontrait votre engagement, dresseriez-vous un état des lieux des Droits de l’Homme à l’heure actuelle ?

ZER : L’état des lieux de la liberté, quatre ans après la tuerie de Charlie Hebdo, nous amène au constat que plus personne, plus aucune rédaction en Occident n’osera publier de Une où il y a le visage du Prophète. Donc la censure a gagné, et elle a gagné grâce à la lâcheté des journalistes. Que se serait-il passé si en 2006 tous les journalistes de France et du monde avaient publié des dessins du Prophète ? Auraient-ils exterminé l’ensemble des rédactions de ce monde ? Non. En fait, ce sont les lâches qui se taisent qui mettent en danger ceux qui parlent. Aujourd’hui, il n’y a évidemment pas que la question des caricatures du Prophète qui cristallisent la question de la liberté d’expression. Je vous invite à songer au nombre d’événement culturels qui sont interdits ou déprogrammés, d’initiatives tuées dans l’œuf pour des raisons de sécurité. L’intimidation a suffisamment fait de dégâts comme ça. Et je me dis que si personne ne veut se lever, je me lève seule, et peut-être d’autres suivront. Mais cette intimidation ne peut plus durer.

GT : On remarque effectivement qu’entre les pressions, les invectives et les menaces, vos adversaires ne prennent jamais la peine de contrer vos arguments. Cela vous parait-il révélateur d’un quelconque rapport de force ?

ZER : Mais évidemment que mes adversaires ne vont jamais dérouler d’arguments ! Quels sont leurs arguments ? Que la Terre est plate, c’est ça ? Ils préfèrent procéder par l’intimidation, par l’invective, par la menace, par la force et par les armes. Ce sont leurs seuls arguments, car évidemment que devant la raison des Lumières, critique et rationnelle, leur idéologie ne tient pas deux minutes montre en main. Il ne leur reste donc que l’insulte et l’intimidation, mais manque de chance : ça ne marche pas avec moi. Plus on m’intimide, plus on me menace, et plus on me donne l’envie, la force et le courage de me battre. Plus on renforce en moi ce sentiment d’avoir une vocation pour défendre cette cause-là.

SL : On constate aujourd’hui dans nos universités l’importation massive de théories racialistes venues des campus américains, avec des concepts comme la notion de racisés. Qu’en pensez-vous ?

ZER : Cette idéologie qui s’appelle l’indigénisme se présente sous une image victimaire, mais elle est en réalité la seule idéologie qui réintroduit le biologique et le discours racialiste dans le débat public en France. C’est une idéologie raciste, divisionniste et dangereuse. Je m’inscris en faux contre cette idéologie-là, et je la combats. Cette idéologie est d’ailleurs l’alliée objective de l’islamisme, travaillant ensemble main dans la main dans le but de déconstruire l’individu, l’Etat, l’universalisme pour remplacer ça par le venin idéologique identitaire, par la division et par le repli communautaire.

GT : Avez-vous de nouveaux projets en cours ?

ZER : Oui, j’ai toujours de nouveaux projets en cours ; en ce moment nous avons d’ailleurs du pain sur la planche. Il y a d’abord la réforme de la loi de 1905 qui se prépare en France, la restructuration du champ de l’islam avec des projets présentés sur la table de l’Exécutif que nous identifions comme des projets infiltrés par l’idéologie des Frères Musulmans. Cet entrisme-là nécessite une mobilisation et une vigilance de chaque instant. Je reste extrêmement mobilisée dessus et continue à faire mon bonhomme de chemin en tant que journaliste, à rencontrer ceux que je dois rencontrer ; mais nous sommes véritablement entrés dans une logique de résistance, de lien, de rassemblement entre tous ceux qui sont concernés par cette cause.

GT : Quel conseil donneriez-vous à un aspirant journaliste ?

ZER : Le conseil que je donnerais à toute personne qui souhaite pratiquer le journalisme est d’abord de rester informé, de suivre ce qu’il se passe, d’avoir le doute en permanence et de suivre non pas la ligne de l’objectivité mais la ligne de la probité.

SL : Avez-vous, pour finir, un message à faire passer aux étudiants de Sciences Po ?

ZER : J’aimerais dire aux étudiants qu’ils sont la première cible de toute la camelote idéologique racialiste, racialisante, divisionniste et communautariste qui nous vient des Etats-Unis, mais aussi de leurs alliés islamistes. Les étudiants doivent rester vigilants, avoir conscience des trésors que sont l’universalisme et l’université, qui partagent d’ailleurs la même étymologie. Et prendre conscience que parfois, derrière les discours qu’on leur sert il y a d’autres intérêts, que c’est par l’université que les islamistes ont islamisé l’ensemble du monde musulman. Ils sont donc aussi des résistants et doivent rester informés pour ne pas se laisser manipuler par le tout-venant.


Zineb El Rhazoui présente ses deux ouvrages publiés chez Ring :


Propos recueillis par Gilles Touran et Sabine Lula, Foire du Livre 2019

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